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Pourquoi nous ? Le groupe ANITA interroge en choeur la dimension politique du cancer

Publié le 12/10/2026

Pour Octobre Rose, le groupe toulousain ANITA a réuni vingt-cinq voix autour d'un morceau né du podcast de l’Oncopole « Vulnérable mais pas coupable » sur le cancer. Rencontre avec Anita Fraysse, fondatrice du groupe, sur la genèse de « Pourquoi Nous ? ».

Propos recueillis par Sarah Simeon

Comment est né le morceau Pourquoi nous ?

Le projet était lié au podcast du secteur Oncologie de Toulouse, porté par trois psychologues qui voyaient défiler des patientes racontant des phrases qui se recoupaient sans cesse. Ils nous ont proposé de composer la bande sonore, et au départ, c'étaient des jingles de trente secondes. L'exercice m'a énormément plu, ça me faisait une respiration de ne pas écrire à partir de ce que je vis, de m'ouvrir à une autre réalité. Le refrain est parti d'une phrase entendue dans les rushs d'interviews, une patiente qui disait avoir toujours été nickel dans sa vie, ne pas fumer, ne pas boire, faire du sport et tomber malade quand même, trouver ça injuste. On a écrit pourquoi moi et surtout pourquoi nous, et on a tellement aimé ce début qu'on a décidé de le terminer, pour notre deuxième album et pour la scène.

Cette chanson porte une forte dimension politique.

On ne se demande jamais pourquoi on tombe malade, pourquoi il y a de plus en plus de cas, et de plus en plus de jeunes touchés, alors qu'il existe des lois qui réautorisent certains pesticides. Il faut que la honte change de camp, que la culpabilité quitte la personne malade pour aller du côté de ceux qui développent les modèles agrochimiques. Toutes les luttes finissent par se rejoindre au même endroit.

Pourquoi avoir choisi de filmer une chorale plutôt qu'un clip narratif ?

On n'avait pas envie de représenter des personnes malades, d'autant que je ne suis pas moi-même touchée par la maladie. On s'est dit que le plus honnête, le plus sensible, c'était de réunir des gens et de chanter tous ensemble. Comme je suis Toulousaine et que j'ai plein d'amis qui chantent, je les ai appelés un à un et ça a formé cette chorale venue enregistrer en studio.

Un autre titre d'ANITA, Be Positive, explore un thème voisin.

Ça reste lié à ce podcast, on a eu envie de prolonger le jingle créé pour eux. Ça rentrait complètement dans l'ADN d'ANITA parce que c'est centré sur les injonctions au développement personnel, sur l'obligation d'être positif, d'être irréprochable. C'est la première chanson que j'ai écrite en anglais, et la seule : ça m'a fait rire de comprendre pourquoi tant d'artistes écrivent dans cette langue, on peut aligner les mots les uns à côté des autres et ça fonctionne, en français c'est bien plus dur. On est allés jusqu'au bout de cette esthétique un peu « kitsch » qui a été un exercice formidable pour se reconnecter autrement à sa propre identité.

Et Bad Mommy, qui s'attaque à la figure de la mère parfaite ?

C'est drôle, les parents me disent souvent que leurs petits adorent ce titre, sans toujours réaliser qu'il dit justement que leurs parents ne sont pas parfaits. C'est peut-être ça, aussi, qu'ils aiment. Personne ne veut du parfait comme modèle. Moi, ça m'a pourri la vie de grandir avec cette injonction à l'irréprochable, avec la culpabilité permanente de ne jamais être assez ceci ou assez cela. Aujourd'hui, quand je vois un enfant craquer devant des bonbons placés à hauteur d'yeux au supermarché, je ne juge plus le parent, je me dis que c'est systémique, que tout est pensé pour provoquer la crise.

D'où vient le projet ANITA ?

Ça fait très longtemps que je suis dans la musique, mais c'est quand j'ai eu mes enfants que je me suis mise à écrire mes propres morceaux, avec mon compagnon Andreas, qui en est l'arrangeur. Il y avait beaucoup de choses à raconter sur des thèmes qui traversent le féminisme, mais vécu vraiment de l'intérieur, cette question de la mère parfaite, de devoir être nickel sur tous les plans. L'exercice a été de composer un premier titre, de voir comment on pouvait le produire. Ça nous a menés à un album entier, une expérience hyper agréable. C'est comme ça qu'est né Anita, qui est mon prénom, parce que je pars de ma propre matière pour écrire. On a ensuite monté un quartet, avec Didier à la percussion, Andreas à la guitare et moi à la basse et au chant.

La musique repose beaucoup sur les voix.

Je viens des ensembles vocaux, j'ai énormément chanté dans la musique traditionnelle occitane, où il y a une grosse culture orale. Ce qui me passionne dans la création, c'est la partie polyphonique : la façon dont les voix se répondent, dont ça fait de la polyrythmie. Sur scène, c'est pour ça qu'on est deux voix principales, en ping-pong permanent. Je me mets parfois en retrait, à la basse, pour laisser l'autre chanteuse prendre le lead. J'aime que ça circule, que le groupe ne repose pas sur une seule personne.


Comment définiriez-vous votre musique aujourd'hui ?

Je cherchais une étiquette pour notre style et je me suis arrêtée sur ce terme de pop de contrebande. Je ne sais pas encore si je l'aime complètement, mais je l'essaie. L'idée, c'est que la pop fait passer le propos comme une pilule dorée : c'est joli, et à l'intérieur il y a du fond, sans rien lâcher sur l'intensité de ce qu'on veut dire. Si on a envie d'écouter le titre sans prêter attention aux paroles, ça marche quand même, mais si on s'y intéresse, on comprend que ça raconte quelque chose. On vit dans la musique, c'est une façon plus subliminale de transmettre un message. Si on écrit un titre frontalement sur le cancer, les gens qui ne sont déjà pas convaincus du message, mettent off dans la seconde qui suit. De manière plus détournée, le propos prend toujours un autre chemin pour toucher son public.

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