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Grand-Guignol : Cyril Camus, roman de gore

Publié le 03/11/2026

Professeur d'anglais au lycée Ozenne, le Toulousain d'adoption Cyril Camus a signé des articles sur le fantastique, l'horreur et la science-fiction. Des domaines au cœur de son premier roman, Grand-Guignol, publié cet automne aux éditions Anacharsis. Un hommage au théâtre du même nom qui, de 1896 à 1963, s'est spécialisé dans les spectacles macabres au point de donner son nom à l'adjectif « grandguignolesque ». Entretien intégral en vidéo ci-dessous.

Propos recueillis par Baptiste Ostré






À quand remonte ta découverte du théâtre Grand Guignol ?
C'est venu progressivement. Depuis que je suis enfant, j'ai toujours été fasciné par l'horreur de façon générale, de tout temps mon genre de prédilection. Le théâtre du Grand Guignol, j'en entendais parler assez régulièrement, sans jamais avoir l'occasion de creuser. Dans les années 2000, j'ai commencé à me dire que j'avais envie de connaître un peu mieux ce pan là de l'horreur. En particulier, quand j'allais acheter des livres à la librairie Ombres Blanches, je voyais en tête de gondole, à l'entrée, la compilation de pièces que la grande spécialiste Agnès Pierron avait publié à dans la collection « Bouquin ». Plus tard, après mon doctorat, je me suis lancé dans un projet de roman. Et je me suis dit que le meilleur moyen de découvrir le Grand-Guignol, c'était d'écrire un roman dessus, du coup d'être obligé d'en devenir expert !

Tu avais donc déjà envie d'écrire un roman avant de t'intéresser à ce théâtre ?
Oui, j'écris de la fiction depuis tout gamin, mais ce ne sont pas des choses publiables. J'en suis venu à me dire que l'idéal ce serait d'écrire un roman sur le genre, et de lire du coup tout ce qu'il y a à savoir dessus. Je sentais qu'il y avait quelque chose d'intéressant, notamment dans cette idée d'écrire un roman d'horreur et d'avoir un parallèle entre ce qui arrive aux personnages et ce que eux-même créent sur le plan artistique. Mais, au départ, j'étais parti sur un roman purement policier avec une enquête.

Tu ouvres le roman en nous mettant dans les pas de Paul Ratineau, le régisseur et directeur des effets spéciaux. Est-ce une manière de lever le voile sur les coulisses du théâtre et sur les mécanismes de la peur ?
Oui, tout à fait. Parmi les les œuvres qui s’apparentent à de l'horreur qui m'ont plu tout au long de ma découverte, notamment cinéphilique, il y en a pas mal qui se passent sur des tournages. Je trouve ça fascinant, ce que font les gens qui font des films d'horreur. J'ai lu récemment aussi des biographies de célèbres réalisateurs d'horreur. C'est extrêmement fun, comment ils gèrent les effets spéciaux quand c'est des petites productions, le fait de filmer dans des endroits improbables en ayant pas forcément les autorisations... Et puis surtout le théâtre du Grand-Guignol c'est vraiment un pan de la culture française qui est très important tout en étant méconnu.

C'est cet ensemble qui a fait la matière du roman du coup, j'imagine.
Oui. En lisant et en découvrant un peu les gens de cette troupe, je me disais mais ils sont passionnants en fait. Ce sont des personnages très haut en couleurs !



 

Toute une bibliographie de recherche est mise en avant dans le livre. Il y a un aspect essai historique mais tu bifurques dans la fiction.
Oui, parce que je voulais écrire de la fiction. C'est c'est ça qui m'intéresse. En voyant les personnages du Grand Guignol, je me disais que ce serait particulièrement intéressant d'avoir une intrigue entièrement fictive, mais un contexte et tout un tas de personnages qui sont principalement réels et historiques, pour asseoir le réalisme du roman. Parce que l'horreur pose un décor qui est très très crédible, très réaliste, presque quotidien et puis on y fait surgir des choses qui sont de l'ordre soit du surnaturel, soit de l'extrême, du grotesque... Partir de quelque chose qui est vraiment réel permet d'aller plus loin encore, plutôt que simplement créer un cadre vraisemblable mais fictif. 


Tu situes l'action en 1922, pourquoi cette année-là ? 
D'abord, j'ai feuilleté un peu les programmes d'époque, j'ai regardé un peu les périodes dans les livres de documentation et j'ai essayé de sélectionner le moment où il y avait, selon moi, dans la troupe les personnages les plus intéressants. Cette période-là était idéale pour avoir des personnages fascinants. Par ailleurs, j'avais dans l'idée assez rapidement de de faire jouer un rôle important à un diplomate autrichien. C'est ce qui m'est venu à l'esprit pour incarner ces fans du Grand-Guignol de l'époque qui était des étrangers, ce qu'on appellerait des expats aujourd'hui. J'ai cherché un peu en 1922, ce qui se passait par rapport à l'Autriche et il y avait des négociations sur, disons, des rétrocessions avec la Hongrie. Donc je me suis dit mais c'est formidable en fait tout converge. Et peu après, je me suis aperçu que je pouvais placer ça le week-end de l'exécution de Landru. J'avais ma période idéale.


C'est aussi un voyage temporel et géographique dans ce Paris des bas-fonds.
La plupart des endroits qui sont évoqués et qui servent de décor sont réel. Le théâtre est réel bien entendu, sauf que j'ai pris quelques petites libertés. Dans la réalité, je pense pas qu'il y avait spécialement des passages secrets un peu partout. Mais, à part ça, je suis allé à l'International Visual Theater, le théâtre qui se trouve actuellement dans le bâtiment où se trouvait le Grand-Guignol. Une dame qui était à la réception à ce moment-là m'a gentiment fait regarder comment c'était fichu. Donc, vraiment, au niveau de la la construction de l'espace, j'ai essayé de coller au réel. Ce qui m'intéressait, surtout, c'était que les choses qui ne sont pas réelles le soient par choix. Pas par ignorance. 


Est-ce que tu travailles sur un autre roman en ce moment ?
Oui. Depuis déjà un an ou deux, parce que je mets longtemps à les écrire en fait mes romans. A la fois par manque de temps à cause du boulot, et puis parce que je fais des romans où il y a besoin de plein de recherches. Là ce serait un roman satirique et d'action-aventure arts martiaux.. sur la Corée du Nord !

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