Les plans Clutch du Weekend Clutch

Les Recos Clutch d'octobre

Publié le 05/10/2026

Albums, livres, BD, podcasts, chaînes twitch, films, séries... Tous les mois dans les pages du magazine, la rédaction de Clutch partage ses recommandations culturelles. Voici les recos du mois d'octobre.

LULLABY OF THE UNTAMED

HIN & TOE YUEN (Raion Editions)

L’idée de Lullaby of the Untamed serait venue au scénariste Toe Yuen alors qu’il travaillait sur un film d’animation muet avec des insectes. Illustrée par le dessinateur hong-kongais Hin, cette “comptine sauvage” suit, elle, des animaux : une gorille maternant trois bébés tigres dans un zoo bientôt coupé du monde par une guerre dont on ne saura rien. Évacuant très vite l’Humanité dans un hors-champ quasi horrifique, l’histoire se transforme en survival viscéral où le danger rôde à chaque case. Une narration silencieuse sublimée par le jeu d’échelle du dessin : d’un côté, des gros plans contemplatifs aux détails magnifiques, de l’autre des scènes d’action aussi fulgurantes que imprévisibles qui sautent à la rétine. Une réussite totale qui crée un puissant lien d’empathie pour cette improbable famille recomposée perdue dans un monde sans règles. | B.O.






JULIETTE MAGNEVASOA

LE COEUR AU BOUT DES DOIGTS (Les Rythmes Rubans)

Le coeur au bout des doigts, deuxième EP d’une artiste née à Madagascar et grandie au Pays-Basque avant de poser ses valises à Toulouse. Les cordes y tissent une toile fragile où l’amour s’accroche quand la solitude s’y love déjà. Sa voix qui les traverse a quelque chose de la sirène. Une douceur qui attire sans qu’on sache qu’on est déjà en train de couler avec elle. Elle confie un secret en français puis en espagnol pour refermer ce journal intime, hanté par une seule question : ai-je assez vécu ? À laquelle Juliette Magnevasoa répond en racontant plutôt qu’en pleurant. Pourtant son folk prend aux tripes avec une force que sa douceur ne laisse jamais deviner, frôlant les nuages avant de nous ramener à l’amour et au lien à l’autre. À découvrir en live lors de la prochaine édition du Women Metronum Academy festival. | S.S.







MÎRKUT

KEVOKIM

C’est le mystère du chant. Il y a des voix qui portent en elles la force résistante d’un peuple opprimé et d’une culture interdite. Celle de Genco Selwa évoque à la fois les grandes voix classiques de la musique orientale et la modernité kurde. Autour d’elle, le ney, flûte typique du moyen-orient, une batterie et une basse inspirés par la musique chaabi, un claviersynthé hyper funk et le tenbur électrique (luth à manche long) forment Mîrkut. Fruit d’une rencontre lors des jams de musique kurde au café culturel toulousain la Maison Blanche, le groupe sort un 1er album épatant. Fusion parfaitement réussie de groove, de rock et de transe orientale avec des notes psychédéliques (« Kubar Baré Esmeré ») et des hymnes jubilatoires à scander en coeur (« Nekey na »). Pour cela, rendez-vous le 7 oct. au Metronum. | N.M.







GRAND-GUIGNOL

CYRIL CAMUS (Anacharsis)

De 1896 à 1963, à Paris, le Théâtre Grand-Guignol s’est spécialisé dans les pièces macabres et gores à coups de maquillages, effets spéciaux et autres puissants jets d’hémoglobines, savoureusement projetés sur scène. Une institution qui a donné son nom à un genre à lui seul (dont la dernière saison de l’anthologie Monster, sur Lizzie Borden en est l’avatar le plus récent). Fruit d’une impressionnante accumulation de recherches autour de la réelle histoire de cette mythique salle de spectacle, le roman Grand-Guignol nous plonge en 1922, années phares des directeurs Max Maurey et Camille Choisy, sous l’impulsion desquels le théâtre connaîtra ses plus grands succès. Entre essai historique et fiction horrifique, le Toulousain Cyril Camus brouille les repères avec un sens de la précision et de l’anecdote vertigineux. Un futur classique des soirées Halloween ! | B.O.






IMBERT IMBERT

PETIT JOURNAL DU FEU (Printival)

On ne sait pas comment le magicien Imbert Imbert s’y est pris mais le voilà de retour dans le plus simple appareil, comme réincarné en sorcier amérindien. Percussions et grattements de cordes lancinantes, incantations quasi chamaniques, paroles inspirées d’animisme, ce sixième album sonne comme une lumineuse cérémonie funéraire, dédiée à son père. Seul mais magnifiquement accompagné - Brunoï Zarn, à la guitare folk, Mathieu Werchowski au violon, Laurent Paris aux percussions, Lucie Delmas au marimba, René Lacaille à l’accordéon - Imbert Imbert, toujours muni de sa contrebasse, cherche l’épure et la force des éléments. En particulier, le feu, symbole puissant de cet album à l’émotion brute et à l’infinie délicatesse. | N.M.








MYSTÈRE TRIO 4TET

EN ÉQUILIBRE

Pas besoin de connaître le répertoire du Mystère Trio 4TET pour se laisser prendre. Le groupe toulousain souffle ses vingt-huit ans avec un huitième album intitulé En Équilibre. Deux guitares électriques dialoguent en pleine osmose, la contrebasse respire et la batterie garde le pouls. Treize titres où le be-bop épouse la valse, où des teintes hispanisantes se glissent dans les codes manouches sans jamais les trahir. Dès les premières mesures, quelque chose s’ouvre dans le corps avant même que l’oreille ait tout saisi. Rien ici ne se laisse écouter sagement, assis, les mains croisées. Cette musique appelle le mouvement, réveille les corps, entraîne les pieds vers un swing soyeux et furieusement vivant. | S.S.